EN IMAGES-La Pisciculture en Mauritanie : Défis et Perspectives

La Mauritanie dispose de ressources en eau considérables, dont la valorisation optimale pourrait contribuer à garantir la sécurité alimentaire et à créer des emplois en milieu rural. Une telle exploitation permettrait d’intégrer durablement le sous-secteur de la pêche et la pisciculture continentales dans le circuit économique national. C’est dans cette optique que s’est concrétisée la vision des pouvoirs publics à travers la création de l’Agence pour le Développement de la Pêche et de la pisciculture continentales (ADPPC), par le décret n° 150-2022.

Les missions de cet établissement à caractère scientifique et technique s’articulent, entre autres, autour des axes suivants :

  • Le développement, la construction et la maintenance des infrastructures, conformément à des normes scientifiques rigoureuses ;
  • La contribution à la fourniture de protéines animales de haute qualité, afin d’atténuer l’insécurité alimentaire au sein de la population ;
  • L’amélioration de la production et la valorisation des produits ;
  • L’élaboration et le renforcement d’un cadre juridique, institutionnel et associatif régissant les activités de pêche et pisciculture continentales ;
  • La diffusion de la culture scientifique relative aux ressources halieutiques continentales et à leurs écosystèmes ;
  • Le renforcement des capacités des acteurs du secteur à travers la formation et l’encadrement.

Les principaux défis :

Dans les climats semi-désertiques, la pêche et pisciculture continentales offrent des perspectives prometteuses pour contribuer à la sécurité alimentaire, à la diversification des sources de revenus et à la lutte contre la malnutrition dans les zones arides. Néanmoins, elles représentent simultanément un défi environnemental et technique majeur. En effet, la production piscicole dans un milieu caractérisé par l’aridité et des températures élevées se heurte à des obstacles structurels et naturels critiques, parmi lesquels (sans que cette liste soit exhaustive) :

  • L’impact du changement climatiques : L’augmentation continue des températures affecte négativement la qualité de l’eau en réduisant les niveaux d’oxygène dissous. Cette dégradation environnementale impacte directement les indicateurs biologiques des poissons, provoquant un stress respiratoire aigu qui entraîne une baisse de l’efficacité de la conversion alimentaire et une augmentation des taux de mortalité.
  • Les taux d’évaporation élevés : Sous un climat semi-désertique, l’évaporation intense provoque une baisse rapide du niveau d’eau des bassins. Cela entraîne une concentration des sels et des déchets azotés, dégradant ainsi fortement la qualité de l’eau.
  • La pénurie des ressources hydriques : La rareté de l’eau douce rend la dépendance envers celle plus ou moins risquée et impose la recherche de sources alternatives telles que les eaux souterraines salées ou saumâtres.
  • La faiblesse des infrastructures et de la logistique : L’absence de chaînes du froid et de liaisons rapides entre les zones de production et les zones de consommation accroît le risque de détérioration du produit avant sa commercialisation.
  • Les coûts de l’alimentation : La rentabilité de l’aquaculture est étroitement liée aux prix des aliments, qui représentent environ 70% du budget opérationnel. L’absence d’un tissu industriel local pour la fabrication d’aliments fragilise la chaîne de valeur de la production piscicole, rendant la rentabilité des investissements vulnérable aux fluctuations des marchés mondiaux et aux coûts du fret.

Perspectives et solutions stratégiques

Malgré les défis, l’aquaculture dans notre pays possède de grands atouts de réussite si l’on adopte des techniques intégrées et durables, telles que :

  • Le choix d’espèces à forte résilience face aux conditions extrêmes, à l’instar de :
    • Le tilapia (Tilapia) : pour sa grande tolérance aux déficits en oxygène et aux températures élevées, ainsi que pour la diversité de son régime alimentaire.
    • Le poisson-chat africain (Clarias gariepinus) : il se caractérise par un système respiratoire bimodal. Il utilise ses branchies pour respirer l’oxygène dissous dans l’eau, ainsi que des organes suprabranchiaux accessoires pour respirer l’air atmosphérique, ce qui le rend idéal pour les bassins à faible teneur en oxygène ou à température élevée.

Technologies modernes et durables

  • L’intégration de l’agriculture et de l’aquaculture (Agri-aquaculture intégrée) :  consiste à utiliser les eaux d’élevage des bassins, riches en rejets organiques issus des poissons, pour l’irrigation des cultures environnantes (telles que le palmier dattier, les cultures maraîchères et le fourrage). Cette approche permet de « faire d’une pierre deux coups » : fournir une eau naturellement fertilisée pour l’agriculture, tout en rationalisant son utilisation.
  • Le zonage des rives des lacs et des plans d’eau : Délimitation de zones exclusives dédiées à l’usage agricole, pastoral (animal) ou piscicole.
  • Les opérations de dragage ciblé et de restauration des berges : Réhabilitation des rives des lacs et des plans d’eau, combinée à une gestion contrôlée des accès pour le bétail, afin de maîtriser le suivi et de préserver la qualité de l’eau.

Conclusion et perspectives

Sur la base de ce qui précède, l’Agence a entrepris les démarches nécessaires pour surmonter ces difficultés. Dans ce cadre, elle a œuvré, entre autres, à la création et à la mise en service de deux écloseries destinées à la production d’alevins pour les espèces piscicoles mentionnées ci-dessus. Cela a permis l’empoissonnement de certains plans d’eau ainsi que l’approvisionnement d’un ensemble de fermes piscicoles privées, tout en assurant un suivi rigoureux de l’analyse et de la qualité de l’eau, ainsi que de l’impact environnemental qui en découle.

Parallèlement aux activités de pêche sur la rive du fleuve et ses défluents, les mesures adoptées ont contribué à amorcer ce que l’on peut qualifier de véritables pôles de développement pour la pêche et l’pisciculture continentales à Foum Gleita (Gorgol), Kankossa (Assaba) et au lac Mahmouda (Hodh El Chargui). De plus, il est attendu que le barrage de Seguelil et les bassins oasiens de l’Adrar et du Tagant jouent le rôle de locomotive pour la pisciculture intégrée (poisson + agriculture). À cela s’ajoute le lancement de la construction d’une station piscicole pilote à Lexeiba 2 (Trarza), qui aura un impact positif majeur sur le développement du sous-secteur.

Le succès de la pêche continentale et de l’aquaculture dans notre pays ne requiert pas seulement une « gestion de l’eau », mais exige également une « gestion intelligente des intrants et des extrants environnementaux ». Ainsi, la transition vers des systèmes intégrés (poisson + agriculture) et la valorisation des espèces locales résilientes constituent la voie optimale pour renforcer la robustesse de ce secteur et transformer le défi climatique en une opportunité de développement durable.

Dr. Hasni Tfeil

Agence pour la pêche et la pisciculture continentales

Tilapia (Mahmouda/hodh Charghi)

Poisson lac Foum Gleita (Gorgol)

Poisson de Kankossa (Assaba)

Barrage de Seguelil (Adrar)

Barrage de Dhleima (Tiris Zemour)

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